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Flèche Velocio 2015

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À son époque, on la désignait par ombreuses, baccantes ou charmeuses, on parle encore parfois de crocs ou baffi, voir même ramasse-miettes quand l’humeur (ou l’humour) s’y prête. Enfin, c’est bien la moustache et plus particulièrement celle de Paul de Vivie (dit Velocio) qui m’intrigue en cette matinée du Vendredi 15 mai. Il faut bien comprendre que Velocio a été de ceux qui ont donné à la petite reine ses premières lettres de noblesse et, à mon avis, cette touffe de poils amassée sous son nez y est pour beaucoup. L’homme est un vaillant cycliste du début du siècle précédent. Il roulait de longues distances sur un vélo des années 1900 avec le poids des vélos des années 1900. Le soir même, Rémi, Claude et moi partons pour une flèche Velocio – version 2015 – qui est un parcours de 24 heures sur quelque 460 km. On est en 2015 avec le poids des vélos des années 2000 mais c’est décidé, j’emmène quand même une moustache, le succès de cette flèche en dépend… enfin peut-être !

Le départ est donné à 18:00 devant le marché Atwater au centre-ville de Montréal. Notre parcours est composé de trois grandes étapes. La première est de sortir de Montréal pour rejoindre la piste du petit train du Nord et arriver jusqu’à Mont-tremblant dans le milieu de la nuit. Ensuite, nous bifurquons sud-ouest pour cheminer à travers la forêt de l’Outaouais et atteindre l’extrémité Est de la ville de Gatineau (Masson) en début de matinée. Finalement, après une petite croisière relaxante sur la rivière des Outaouais, nous survolons la troisième étape en remontant la très longue piste cyclable qui mène jusqu’à Rigaud puis rejoignons notre point de départ par le canal Lachine.

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Le vent et la pluie se sont montrés menaçants tout au long du parcours sans jamais vraiment nous assaillir. De toute façon, dès notre départ, Claude s’est montré intransigeant sur la question : il ne pleuvra pas ! Et il n’a donc… pas plu. Ainsi, les longues étapes de chemins non-asphaltés ont été la principale difficulté du parcours. Au mieux, un revêtement de sable amolli par la pluie dans lequel s’enfonce allègrement nos pneus de route à l’efficacité devenue, somme toute, superficielle. Au pire, des chemins de cailloux parsemés de trous dont certains aux dimensions béantes donnent, de nuit, un aspect lunaire quasi-choatique à cette aventure.

Claude et Rémi ne sont pas venus avec la moustache. Non, disons qu’ils ont préféré emmener, à la place, une très solide paire de jambes. A chacun sa technique. Je savais qu’en me lançant dans cette aventure avec deux pareils compagnons, le rythme serait très soutenu et je me suis retrouvé la plupart du temps en troisième place du groupetto.

On entend souvent le mot “machine” pour qualifier un cycliste qui performe. Je n’aime pas trop ce terme et ne l’utiliserai ni pour Claude, ni pour Rémi bien qu’ils entrent amplement dans ce type de catégorie. Claude, c’est plutôt un genre de papillon qui virevolte quelque soit le dénivelé, quelque soit le revêtement avec un battement de pédale et avec une vélocité d’une régularité impressionnante. Le mouvement de ses jambes est circulaire. Son équilibre est circulaire. Un gyroscope. C’est redoutable d’efficacité et beaucoup plus harmonieux qu’une machine. Paul Fournel écrit “si les roues tournent rond, les jambes tournent rond, et si les jambes tournent rond, la tête aussi.”. Claude il tourne très rond. Moi, je pédale carré mais je me soigne.

Rémi est un sacré bon cycliste lui aussi et surtout très déterminé. Il est entré dans la boulangerie de l’avant-dernier contrôle harassé de fatigue. “Toasté” Rémi ? Que nenni ! un thé, une viennoiserie et quinze minutes plus tard, le re-voici à l’avant qui emmène notre groupe à près de 35 km/h entre l’île Perrot et Beaconsfield, après 23 heures sur un vélo dont le poids avec sacoches n’a sûrement pas grand chose à envier à celui de Velocio. Ça allait vite, très vite, trop vite pour moi. On ralentit. Incroyable quand même l’effet croissant.

Finalement, nous avons terminé notre flèche Velocio et l’ensemble du parcours dans les 24 heures imparties pour notre plus grande satisfaction. J’ai pris beaucoup de plaisir à rouler avec mes deux compagnons et je les remercie pour cette magnifique épreuve. Aussi, avec du recul et beaucoup de réalisme, il apparaît maintenant de façon évidente que rien de cette réussite n’aurait été possible sans la présence et le rayonnement quasi-mystique d’une petite moustache.

Emmanuel